L’art concret

Trois centres permettent aujourd'hui la diffusion de ce mouvement :

Fondation pour l'art constructif et concret à Zurich (1987),
Fondation pour l'art concret à Reutlingen (1989),
et l'eac. à Mouans-Sartoux (1990).

 

L’eac. doit son appellation au mouvement historique de l’art concret. 

Terme apparu dans l'entre-deux-guerres, l'art concret revendique l’objectivité et l’autonomie de son langage plastique en dehors de toute référence à la réalité du monde extérieur. S'opposant à l'art figuratif tout autant qu'à l'art abstrait, l'art concret rompt avec les processus d'abstraction progressive des aspects du monde réel, construisant son langage sur une utilisation exclusive des éléments plastiques (formes, surfaces, couleurs) pour servir un principe géométrique clair. 

« Peinture  concrète  et  non abstraite  parce que rien n'est plus concret, plus réel qu'une ligne, qu'une couleur, qu'une surface. »  (Theo Van Doesburg)

Le groupe Art Concret est fondé en 1930 autour de Theo Van Doesburg et rassemble Jean Hélion, Otto Carlsund, Léon Tutundjian et Marcel Wantz. Ces artistes rédigent un manifeste dans l'unique numéro de la revue qui jette en six points les bases théoriques du mouvement.

La démarche concrète affirme que la peinture est une création de l'esprit : les moyens de la peinture doivent être réduits à l'essentiel, la technique et la forme maîtrisées dans un souci de clarté totale. Cette démarche s'inscrit parfaitement dans les tendances rationalistes et l'esprit scientifique qui se manifestent alors dans tous les domaines.

Van Doesburg donne le manifeste pictural de l’art concret avec la Composition arithmétique (1930), œuvre abstraite géométrique dont toute la composition est régie par des rapports logiques et des structures déductives.

Le terme "art concret" est adopté en 1938 par Wassily Kandinsky puis en 1944 par Jean Arp pour qualifier leur art. 

C'est l'artiste suisse Max Bill qui donne une réelle impulsion à ce mouvement dès 1936 en diffusant en Suisse les thèmes de l'art concret à travers diverses manifestations et publications. Il publie en 1949 un texte significatif  : la Pensée mathématique dans l'art de notre temps qui transforme la conception mathématique en champ d'investigation artistique.  Les œuvres peuvent alors, selon Max Bill, faire " l’économie de l’abstraction ", puisqu’elles sont " issues de leurs moyens fondamentaux et suivent leurs lois propres, sans références extérieures à l’apparence naturelle".

Ces orientations s'inscrivent dans un projet social qui renouvelle les idées du Bauhaus, tout comme celles du constructivisme et du productivisme en Russie ou de l'unisme en Pologne. Les principes de l'art concret peuvent en effet être appliqués à d'autres domaines en prise directe avec la réalité et la société comme la typographie, l'architecture et le design. Il s'agit dès lors de "réaliser un art mesurable, valable pour tous, avec des formes qui pourront s'adapter à toutes les situations, être comprises de tous les publics, afin de créer un langage universel, identique à celui de la science ou de la musique". (Serge Lemoine) 

Après 1945, l'art concret se diffuse en dehors de la Suisse sous forme d'expositions et de publications  : ainsi à Buenos Aires, Arden Quin et Giulia Kosice fondent le groupe Arturo en 1944, qui se manifeste notamment par l'intermédiaire d'une revue du même nom, puis en 1946 le groupe Madi, qui expose à Paris au Salon des Réalités nouvelles.

L'essor s'intensifie particulièrement en Europe dans les années cinquante et soixante : groupe ZERO (Heinz Mack, Otto Piene, Günther Uecker…) et le groupe GRAV (Julio Le Parc, François Morellet...).

A la même époque, les prolongements de l'art concret se font sentir aux Etats-Unis puisque les principes de ce mouvement constituent les fondements de l'art de Carl Andre, Dan Flavin ou encore Donald Judd.

Par cette large diffusion, l'art concret, compréhensible et valable pour tous, s'affirme dans ses multiples et divers développements comme un art international dont l'utopique universalité des débuts devient réalité.

Le terme d’art concret a fini par désigner une très large part de l’abstraction géométrique créée après la guerre. Faisant fi des cloisonnements, l'art concret fédère des artistes d'horizons et de générations diverses. Ils en repensent les bases, en les critiquant, parfois, et en les confrontant ou en les enrichissant de questions liées aux préoccupations de la vie d'aujourd'hui et aux nouvelles technologies.

L'art concret tend ainsi à un langage universel, au même titre que la musique ou la poésie, domaines privilégiés d'extensions ou de connexions.